Schimmel


De Leipzig à Braunschweig





En-tête de lettre, 1930.
Collection Pianos Esther.


En allemand, Schimmel signifie cheval blanc. Et lorsque l'on veut reconstituer l'histoire des pianos Schimmel, on se voit un peu comme Phaéthon dirigeant les chevaux du char du Soleil avec la présomption d'une tâche au-dessus des forces.





Car pour reconstituer l'histoire de Schimmel, il faut rassembler et replacer dans la continuité des évolutions qui présentent des ruptures. Pourtant il y a une forte tradition Schimmel, ne serait-ce que dans la succession de 4 générations à la tête des pianos Schimmel depuis la naissance de la firme le 8 mai 1885.


Wilhelm Schimmel.
Extrait de Wilhelm Schimmel - Sein Werk in Wort und Bild - 1885-1925.
Collection Pianos Esther.



Wilhelm Arno Schimmel et Arthur Schimmel.
Extrait de Wilhelm Schimmel - Sein Werk in Wort und Bild - 1885-1925.
Collection Pianos Esther.


Le fondateur de la société Wilhelm Schimmel est né le 8 septembre 1854 à Alt-Ohlisch (aujourd'hui dénommé Stará Oleska en Tchéquie). En 1879, il travaille pour la fabrique de pianos Stichel à Leipzig. Il a 26 ans et se passionne pour le piano dont la production est alors en plein développement. Quelques années plus tard, en 1885, il fonde sa propre firme... Dix ans plus tard, le millième piano Schimmel sortira des ateliers. Le développement se poursuit avec une nouvelle fabrique à Leipzig-Stötteritz., des titres de fournisseurs de cours princières et des médailles d'or aux Expositions mondiales de 1913 et 1914. La production atteind alors le chiffre de 10 000 pianos (en 1913, Blüthner est à 94 000, Pleyel à 158 000, Rönisch à 64 000).



Vues des premières implantations industrielles.
Extrait de Wilhelm Schimmel - Sein Werk in Wort und Bild - 1885-1925.
Collection Pianos Esther.


        
Extrait du catalogue Schimmel Hofpiano-Fabrik, Leipzig, s. d. [1914].
Collection Pianos Esther.

La crise des années 20 en Allemagne et l'expansion de la radio et du grammophone affaiblissent l'industrie du piano et plusieurs fabricants dont Schimmel fonde une société commune, la Deutsche Piano-Werke AG. Cette société développe dans de nouvelles fabriques modernes une production "coopérative" à Luckenvalde (près de Berlin) et à Braunschweig. Les pianos droits portant la marque Schimmel y sont alors fabriqués. Les pianos à queue continuent d'être produits à Leipzig. Mais la production ne cesse de s'effondrer.




Le projet de Schimmel est d'exporter ses pianos dans le monde entier.
Extrait de Wilhelm Schimmel - Sein Werk in Wort und Bild - 1885-1925.


     
  
 
Vues de la scierie et des ateliers de finition des pianos Schimmel.
Extrait de Wilhelm Schimmel - Sein Werk in Wort und Bild - 1885-1925.
Collection Pianos Esther.


En 1932, Wilhelm Arno Schimmel, le fils du fondateur, quitte la Deutsche Piano-Werke et fonde à Braunschweig une nouvelle société : la Wilhelm Schimmel Pianofortefabrik GmbH. La firme ne produira que 2 000 pianos de 1932 au 18 octobre 1944 quand l'usine de l'Hamburger Strasse est détruite par les bombardements américains et anglais.

Après la fin de la guerre, la reprise est lente : en 1949, la firme s'est relevée et produit à nouveau des pianos. A la mort d'Arno Wilhelm Schimmel, en 1961, son fils Nikolaus Wilhelm Schimmel succède à la tête de l'entreprise . Les années 60 sont le début de l'expansion de Schimmel. Une nouvelle fabrique est érigée.





Schimmel présente en 1951 un prototype de piano à queue transparent en plexiglas.
Ce prototype fut à la base du célèbre piano à queue Schimmel en plexiglas qui eut une longue carrière et est toujours au catalogue de la maison de Braunschweig.
Extrait de GOEBEL, Josef, Grundzüge des modernen Klavierbaues, Fachbuchverlag GmbH Leipzig, 1952.
Collection Pianos Esther.



Piano droit Schimmel, modèle RS Capriccio, c. 1956.
Extrait du prospectus Schimmel Capriccio, s. l. s. d.
Collection Pianos Esther.


Schimmel devient le plus gros fabricant de la partie occidentale de l'Europe (Piano-Union à Leipzig avec Hupeld, Rönisch, etc. reste le plus important pour toute l'Europe).

Une parenthèse importante a été ouverte à partir de 1971 lorsque la société Gaveau-Erard qui a repris Pleyel cesse ses fabrications à Paris en France. Dans le cadre de divers accords, elle laisse Schimmel apposer les marques Gaveau, Erard ou Pleyel Paris sur ses propres instruments fabriqués à Braunschweig en Allemagne. Beaucoup d'acquéreurs de pianos modernes portant la marque Gaveau, Erard ou Pleyel sont alors un peu trompé... Au début des années 2000, les marques françaises après être passées sous la coupe d'un conglomérat italien seront reprises par le nouveau propriétaire de Pleyel à Paris, M. Martigny. La relation avec Schimmel relève désormais du passé.




Le pavillon Schimmel, à la Foire de Francfort-sur-le-Main, présente des pianos marqués Gaveau, Erard et Pleyel, 1975.
Extrait de Das Musikinstrument, mars 1975.
Collection Pianos Esther.


De 1960 à 2003, lorsque Nikolaus Wilhelm Schimmel passe la main à son beau-fils Hannes Schimmel-Vogel, Schimmel aura fait passer le compteur de ses pianos de 50 500 à près de 350 000 pianos. Schimmel a repris les pianos May de Berlin dont la fabrique ferme ses portes. Schimmel est au sommet de son art. Design adapté au monde contemporain, technicité à l'aune du miracle allemand et expansion mondiale sont au rendez-vous de ce qui est l'âge d'or de Schimmel...

Au cours des années 2000 à côté des Schimmel produits à Braunschweig dans deux classes d'intruments (Schimmel Konzert et Schimmel Klassik), des pianos Vogel by Schimmel sont fabriqués essentiellement à Kalisz en Pologne. D'autre part des pianos portant la marque May selected by Schimmel sont d'origine chinoise. Cette organisation de l'offre de Schimmel brouille son image et ne suffit pas à compenser les difficultés économiques de la fin de la décennie 2010. La firme fait état de faillite (Insolvenz). Heureusement, la crise est surmontée. Avec l'aide publique et l'accord des syndicats du personnel, la firme Schimmel, dans laquelle Yamaha détenait 25 % du capital, repasse le 2 mai 2010 dans les mains exclusives de la famille Schimmel... Elle semble voguer depuis lors plus calmement vers des cieux qu'on lui souhaite les plus sereins.




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