PIANOS ESTHER

La plus ancienne maison de pianos de Wallonie
Agence Rönisch

 


Ritmüller

Manufacture d'instruments de musique et de pianos fondée à Göttingen en 1795



L'histoire des pianos Ritmüller montre combien un nom peut être utilisé, à tort et à travers, sans plus aucun lien avec la fabrication d'origine. Simple utilisation d'un nom (allemand en l'occurence) pour des intérêts aujourd'hui purement chinois ?






Le fondateur de la firme, Gottlieb Wilhelm Ritmüller (1772-1829), était un simple facteur d'instruments. Ayant accumulé beaucoup d'expériences et de connaissances, il devînt un maître reconnu dans son métier. Il quitta alors la petite ville d'Eichfeld et se rendit à Göttingen, la grande ville universitaire de la Basse-Saxe (aujourd'hui 120000 habitants). Là, les meilleures opportunités lui furent données pour exercer son art. Il installa son petit atelier dans la Maison n°383, aujourd'hui Burgstrasse 35. Il y fabriqua d'abord des luths et des harpes. Le musée des antiquités de Göttingen gardait dans ses collections deux guitares attribués à G. W. Ritmüller. Exceptionnellement il s'adonna aussi à la réalisation de quelques clavecins et de clavicordes. Puis avec audace et confiant en son adresse technique, il se lança dans la fabrication de pianos tables et de pianos à queue.




Vue de la ville de Göttingen.
Lithographie de Friedrich Besemann, 1850.


A Göttingen, et tout autour à l'ouest du massif du Harz, sa bonne renommée ne fit que grandir. De son mariage le 12 octobre 1800 avec Dorothée Schenterlein, il eut trois fils. Le plus âgé, Wilhelm Ritmüller (1802-1868) conduisit l'entreprise à la mort de son père. Il fabriqua essentiellement des pianos droits et des pianos à queue. Un des fils Steinweg, de la celèbre fabrique de Braunschweig, travailla à ses côtés avant d'émigrer à New York.

Son fils le plus âgé, né d'un second mariage, Gottlieb Ritmüller, s'associa à l'entreprise qui prit le nom de W. Ritmüller & Sohn. Au décès de Wilhelm Ritmüller, Gottlieb et son frère Carl prirent ensemble le relai, abandonnant la maison du Ritterplan n°7 devenue trop petite (transformée au XXème siècle en Musée des Antiquités de Göttingen). Gottlieb décéda à l'âge de 70 ans et Carl partit pour l'Amérique d'où il ne reviendra pas. À l'époque les pianos Ritmüller recevront la bénédiction du célèbre violoniste Joseph Joachim et du pianiste Hans von Bülow. Des récompenses également : médaille d'or à Hanovre (1850, 1859), premier prix à Nordhausen (1880)...




La Pianoforte-Fabrik W. Ritmüller & Sohn à Gottingen, 1832-1890.
Source : Städtisches Museum Göttingen.



En-tête de facture de la Pianoforte-Fabrik W. Ritmüller & Sohn, 1883.
Collection Carl Esther.


En 1890, la Pianoforte-Fabrik Ritmüller passe en la possession de Bernhard Schröder qui, en 1899, collabore avec Hans Herrmann : une nouvelle usine est érigée Alleestrasse 8a. L'épouse de Bernhard Schröder est une pianiste célèbre qui fera beaucoup pour la propagande des pianos Ritmüller. Ceux-ci étendent progressivement leur renommée hors de la Basse-Saxe. Au tournant du siècle (1900), les pianos Ritmüller qui ne sont plus en possession de la famille depuis 1890 deviennent la propriété conjointe de Hans Herrmann et Albert Schulz. C'est un nouveau départ : outre la construction d'un modèle de piano à queue à double table d'harmonie, c'est une nouvelle société qui voit le jour. La Pianoforte-Fabrik Ritmüller fusionne avec une firme de Berlin : la société W. Ritmüller & Sohn G.m.b.H. est née. Si la qualité des pianos s'améliore, la quantité des pianos fabriqués reste cependant relativement faible. Les 25000 seront atteints en 1915 (Blüthner : 100000 ; Pleyel : 165000 ; Bechstein : 115000 ; Erard : 95000). La déclaration de guerre de 1914 va détruire d'un coup de massue tous les espoirs de développement des pianos Ritmüller. L'enrollement des travailleurs pour le front réduit le personnel de la fabrique à... 10 ouvriers ! La fabrication est arrêtée. La poursuite de l'entreprise ne tiendra qu'à peu de chose. À la sortie de la guerre, la firme reprend son activité (après un appel de capital et sa transformation en A.G. (société anonyme par actions). S'ensuit l'agrandissement de l'espace de fabrication des pianos à queue (Mühlenstrasse 3) ; la réactivation de la fabrication de luths d'après d'anciens modèles ; mais aussi l'adjonction d'un département de fabrication de luminaires pour pianos et d'un autre de rouleaux de phonolas. L'entreprise emploiera jusqu'à 150 travailleurs.






Vues des salles d'exposition et de vente de la fabrique de pianos Ritmüller à Göttingen, 1919.
Photographies collection Carl Esther.


   
Extrait du catalogue Ritmüller Flügel/Pianos, s. d. [c. 1920].
Collection Carl Esther.



Encart publicitaire de la W. Ritmüller & Sohn A.G., 1924.



Piano droit Ritmüller avec système à rouleaux perforés Phillips-Ducanola.
Collection Carl Esther.


Mais la crise de 1929 pointe du nez : les installations de la W. Ritmüller & Sohn G.m.b.H. sont mises à l'encan et la production de pianos transférée à la firme berlinoise Gebr. Niendorf (Luckenwalde/Berlin). La firme Ritmüller ne s'occupera désormais plus dans l'avenir que de commerce. Le nom Ritmüller sera utilisé commercialement de-ci de-là ... et restera la propriété d'une société. La fabrication qui était arrivée en 1929 à 29500 unités n'affichera en 1957... que 30300 unités, ce qui correspond à un arrêt complet de la fabrication avec l'apposition du nom sur d'autres pianos démarqués. Le nom est ensuite utilisé par la fabrique berlinoise A. Grand, elle-même reprise en 1981 par la fabrique Ferd. Manthey qui cesse elle-même son activité en 1983...

Cahin-caha on en arrive à 1999. Le grand théâtre chinois ouvre son rideau : la société chinoise Guangzhou Pearl River Piano Group Ldt. achète The german brand name Ritmüller (le nom de marque allemand Ritmüller). Cela permet de donner une touche (!) allemande à des fabrications purement chinoises qui bien évidemment n'ont aucun lien avec des fabrications européennes ou allemandes. Et cela avec des propos abscons comme suit : "Pearl River se propose d'employer des plans basés sur les anciens pianos Ritmüller pour en produire dans une chaîne de fabrication spéciale à l'usine de Guangzhou. Avec l'assurance d'utiliser les meilleurs matériaux pour produire des modèles de pianos mondialisés (world class) qui préservent l'héritage européen de cette marque qui a été fondée en 1795". Rien de moins. On croit rêver. Gottlieb Wilhelm Ritmüller réveille-toi ! Reviens ! En attendant, les acheteurs d'un Ritmüller du IIIème millénaire savent à quoi s'attendre.





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