Doutreligne - Maene



 


Ces deux noms n'apparaissent pas dans le Klavier-Lexikon (édition 1998) qui reprend 18.122 noms de fabricants de pianos dans le monde depuis 1788. Les pianos de la marque Doutreligne ne sont pas fabriqués à Ruiselede par la société flamande Maene, mais produits dans une fabrique chinoise. Dans ses dépliants publicitaires (2010-2011), la société Maene n'explicite pas clairement cette origine (ville, usine, etc.). On peut aussi lire : "Doutreligne, notre marque exclusive" ou encore "Doutreligne, la marque exclusive des Pianos Maene, est synonyme d'exclusivité et de compétence. Le choix des matériaux, la fabrication des éléments, l'assemblage et l'accord par notre personnel (c'est nous qui soulignons) sont garants chez Doutreligne d'une qualité, etc." Or le personnel de Maene à Ruiselede ou dans un magasin de Bruxelles ne fait pas la fabrication et l'assemblage de ces pianos. Les instruments passent par le dépôt de Ruiselede où ils sont supervisés avant la livraison. L'accord de ces pianos avant la livraison, la vérification de leur intonation (qui dépend notamment de la qualité des marteaux) et leur ultime supervision, travaux importants, peuvent nécessiter deux heures de travail à Ruiselede.




L'entrepôt, le magasin et les bureaux de Maene N.V. à Ruiselede (Flandre occidentale).


La critique d'une marque de pianos est un exercice délicat. Une attitude scrupuleuse incite à la retenue. Pourtant, la vérité mérite sa part. Et lorsque l'écart entre la réalité de la qualité d'un piano et la publicité qui est faite est par trop exagéré, faut-il se taire ? Le cas que nous distinguons ici est celui d'un piano d'entrée de gamme qui est présenté comme un haut de gamme (voir texte repris ci-bas d'un dépliant publicitaire de Maene).




Publicité extraite d'un fichier pdf, site Internet www.maene.be (2011).
On pense à la célèbre fable de La Fontaine dans laquelle une grenouille veut se faire passer pour un boeuf.


Voici quelques photos d'un Doutreligne - sélection Maene - 122 - présenté au centre commercial Belle-Île à Liège lors d'une exposition promotionnelle (septembre 2010). Sur ce piano d'entrée de gamme, on peut porter le jugement suivant : son harmonisation est incertaine (basses ternes, aigus mats) et il produit des harmoniques parasites.



  
La vue de gauche montre qu'il s'agit d'un piano produit par une usine chinoise. Des modèles de ce type sont exportés à la demande sans marque ou avec n'importe quelles lettres de cuivre.
Dans le cas présent, on remarque le simple autocollant transparent ajouté avec la mention "classique".


  
La tête de marteau n'a pas d'origine repérable. Les meilleurs pianos fabriqués en Chine utilisent des têtes provenant d'Allemagne (Renner/Abel) ou du Japon (Japan Felt).
D'autre part, on voit sur l'image de droite la disposition des cordes entre les chevilles et le contre-sillet. Cette partie non étouffée est irrégulière (cela se voit bien sur la photo)
et peut produire des vibrations et des harmoniques qui font "briller" le son au détriment de sa qualité intrinsèque.


  

Le clavier scié avec les barbes qui ne sont pas enlevées et avec les lignes noires sont caractéristiques de cette production.
Le bois de table n'est pas de l'épicéa d'Europe (picea abies Karr = picea excelsa Link). Il ne semble pas non plus provenir du Canada (picea sitchensis Carr appelé aussi Sitka).
D'autre part, le logo Strunz n'est pas présent sur la table.


L'acheteur de ce type de piano Doutreligne de Maene n'acquiert pas nécessairement un mauvais piano, mais il doit savoir :

    1. Comme Monsieur Jourdain, dans l'Avare de Molière, qui ne savait pas qu'il parlait en prose, que son piano n'est ni belge, ni bruxellois, ni flamand... mais chinois, ce qui n'est pas un défaut.
    2. Que les lettres de cuivre de la marque Doutreligne ont un prix.
    3. Que ces instruments ne rivalisent pas en qualité avec les fabrications européennes de pianos — on joue dans des divisions différentes — ou avec les fabrications que les grandes marques européennes produisent ou achètent en Chine.
    4. Que la société MAENE a des liens organiques avec le VOKA et que plusieurs de ses dirigeants sont en étroite collaboration avec cette organisation. Le VOKA est le successeur du VEV (Vlaams Economisch Verbond) créé en 1926 dans la mouvance du mouvement flamand pour stimuler les intérêts économiques flamands (voir le site Internet du CRISP à propos de l'histoire du VOKA). Aujourd'hui, l'organisation ne s'interdit pas d'intervenir sur la Région de Bruxelles pour revendiquer sa cogestion par la Région flamande. Le jeudi 12 août 2010, Bart De Wever, chef de la N-VA, déclare aux négociateurs francophones, selon La Libre Belgique du 17/09/2010, page 8, avec toute l'ironie qui le caractérise : "Le Voka, c'est mon patron. Quant le Voka est content, je suis content". Il serait judicieux, pour éviter tout malentendu, que M. Chris Maene, comme la société Maene, clarifie publiquement ses positions par rapport aux thèses du VOKA et de la N-VA.



    Chris Maene reçoit - et c'est tout un symbole - des mains de Kris Peeters (CD & V), président de la région flamande, le Gulden Spoor voor Economische Uitstraling .
    On remarquera la présence du seul drapeau de la Flandre. L'explication de cette distinction parle d'elle-même ; sur le site Internet Maene, on peut lire :

    "La raison pour ceci fut la voie totalement pas ordinaire qu'il a emprunté depuis l'existence de Pianos Maene, dans un secteur où l'économie et la culture marchent de concert. An De Moor, la présidente de la a.s.b.l. Mouvement Flandre-Europe expliqua que des entrepreneurs comme Chris Maene ont énormément de valeur pour la croissance économique d'un pays. Certains des piliers les plus importantes d'une économie fructueuse, ce sont l'information, la connaissance, l'innovation, l'éducation et la créativité. La Communauté Flamande également reconnut notre mérite sur le plan de l'économie et de la culture et ils conclurent que les Pianos Maene sont un exemple excellent d'une entreprise intelligente."



Information de dernières minutes (2011) :

Très récemment, le site Internet Maene a été modifié. La présentation des pianos Doutreligne laisse apparaître en bout de course qu'ils sont fabriqués en Chine. Cette information est-elle dûe aux questions qui ont été posées à propos de la présentation précédente ? Il semble apparaître qu'une usine chinoise, non nommée et non précisée géographiquement, fabrique sur une de ses chaînes de montage des pianos marqués Doutreligne. D'autre part, les nouvelles séries de pianos fabriqués en Chine seraient montés avec des marteaux Abel et des tables Strunz. Pour la clarté des faits, on aimerait savoir de quoi il s'agit exactement, car les ambiguités commerciales restent présentes puisque ce type de piano n'est pas différent de quantité de sous-marques produites par des fabricants chinois qui sont vendus sur le marché européen à des prix très variables.

Disons encore une fois que ces pianos ne sont pas médiocres, mais que leur présentation est faite avec exagération. La promotion de cette marque commerciale ainsi organisée (on parle de délocalisation alors que rien n'a été délocalisé mais bien importé ; on met en évidence des pièces d'origine européenne qui ne constituent qu'une petite part de l'ensemble ; on insiste sur la révision de l'instrument à Ruiselede, etc.) mène à des prix de vente plus élevés.


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